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Publié le 14 Août 2017

Les tabous de l’infertilité masculine

Les tabous de l’infertilité masculine

Pendant longtemps, lorsqu’un couple consultait pour des problèmes de fertilité, les premiers soupçons se portaient sur la femme. En dernier lieu, la cause des troubles était recherchée chez l’homme. Aujourd’hui, la première démarche est l’étude de la qualité du sperme. Y –a –t-il eu une réelle dégradation de la fertilité masculine ou simplement une meilleure prise en charge des patients? Qu’en est-il réellement aujourd’hui ?

La qualité du sperme diminue

Oui. Des indices sérieux prouvent que la santé reproductive de l’homme s’est dégradée. Tout d’abord, on a observé une diminution moyenne de la concentration spermatique de moitié, ce qui signifie qu’il y a deux fois moins de spermatozoïdes dans le sperme. Ceci implique qu’il y a de plus en plus d’hommes dont la concentration spermatique est inférieure à 10 millions de spermatozoïdes/ml, ce qui ne permet pas de procréer. De plus, le cancer des testicules a augmenté de 50 % en vingt ans et son traitement, notamment sur des hommes jeunes, entraîne une diminution de la fertilité d’environ 30%. D’autres études récentes tendent à montrre que la qualité des spermatozoïdes est en baisse.

Les troubles de la fertilité masculine sont aussi répandues que les troubles féminins

On estime aujourd’hui qu’un tiers des troubles de la fertilité sont d’origine exclusivement masculine, contre autant d’origine féminine et autant d’origine mixte.

La mobilité des spermatozoïdes est nécessaire pour une bonne fertilité

Pour être fertile, le sperme doit contenir beaucoup de spermatozoïdes, plus de vingt millions par ml. Mais ce n’est pas tout, il faut aussi que ces spermatozoïdes soient mobiles. Sinon, ils ne pourront pas parcourir la vingtaine de centimètres qui les sépare du vagin à l’ovule. Lors d’un spermogramme, les spermatozoïdes sont classés en trois catégories, les très mobiles, les peu mobiles, et ceux qui sont immobiles. Pour être fertile, l’homme doit majoritairement avoir des spermatozoïdes très mobiles.

Comment mesure-t-on la fertilité masculine ?

Le bilan de fertilité masculin consiste en une prise de sang et l’analyse du sperme. La prise de sang permet d’effectuer un bilan hormonal et sérologique. L’analyse du sperme, spermogramme et spermocytogramme, permet de déterminer la quantité et la qualité des spermatozoïdes. L’homme doit donc donner son sperme, qui sera analysé dans un laboratoire spécialisé. Cela permet de connaître la quantité de spermatozoïdes présents dans le sperme, leur mobilité, s’ils ont des anomalies comme deux flagelles au lieu d’un…Cet examen suffit à évaluer la fertilité de l’homme.

L’infertilité masculine ne se soigne pas

Malheureusement, il n’existe pas de traitement pour guérir le sperme de mauvaise qualité. En revanche, la procréation médicale assistée propose des solutions. Si le sperme est de mauvaise qualité, c’est-à-dire qu’il contient peu de spermatozoïdes et que ceux-ci sont peu mobiles, alors le couple aura recours à l’insémination artificielle. Cela consiste à insérer les meilleurs spermatozoïdes préalablement sélectionnés  dans l’utérus. Si les inséminations artificielles échouent ou bien si le sperme ne permet pas de sélectionner suffisamment de spermatozoïdes de très bonne qualité, le couple pourra se tourner vers la fécondation in vitro, qui consiste à provoquer la fécondation en dehors du corps de la femme et à lui implanter l’embryon issu de la FIV. Si les FIV échouent ou bien si le sperme contient trop peu de spermatozoïdes de très bonne qualité, il est encore possible de recourir à une FIV ICSI, qui consiste à sélectionner un seul et unique spermatozoïde. Le lauréat ira féconder l’ovule in vitro, puis l’embryon issu de la rencontre sera réimplanté dans le corps de la femme.  En cas d’échec, le couple devra se tourner vers le don de sperme ou l’adoption.

La fertilité masculine diminue avec l’âge

Et oui ! De même que la fertilité féminine diminue avec l’âge, un homme voit la qualité de son sperme se dégrader au cours du temps. Cette dégradation est néanmoins moins précoce et plus lente que chez la femme. D’ailleurs, certains centres de procréation médicale assistée fixent un âge limite de l’homme pour la prise en charge du couple. Un homme âgé de plus de 50 ans pourra se voir refuser une aide.

Des professions à risques

Certains métiers peuvent nuire à la fertilité de l’homme, notamment tout ce qui contribue à maintenir les testicules au chaud. Il est préférable pour les hommes d’éviter des contacts prolongés avec des sources chaudes, ou bien de rester assis toute la journée. Cela entraîne une augmentation de température des testicules et une dégradation du sperme. Les boulangers, les soudeurs, les verriers, les chauffeurs routiers… peuvent présenter des troubles de la fertilité liés à leur profession, même si cela reste marginal.

Interview de Marianne Buhler, gynécologue, membre du comité de recherche et d’information indépendant sur le génie génétique(Crii-Gen), membre du bureau de cap 21:

« Il est difficile de faire le lien entre l’exposition à un polluant et son impact sur la santé. Pour l’amiante, dont on connaît aujourd’hui la dangerosité,  il a fallu des années avant de prouver son implication dans les cancers du poumon. Ce qui est sûr, c’est que la fertilité masculine est en chute libre. Des études européennes ont démontré la dégradation du sperme depuis cinquante ans, la recrudescence des cancers des testicules ainsi que des anomalies et des malformations de l’appareil génital masculin. Il y a aussi de plus en plus de problèmes avec des garçons qui naissent avec leurs testicules non descendues. On sait aussi qu’il y a plus d’enfants atteints de ces malformations dans les régions où les parents sont exposés aux pesticides, dans des régions d’agriculture. Les soupçons pèsent sur les pesticides oestrogènes, c’est-à-dire que de part leur nature chimique ils se transforment en œstrogène. Quand on ingère ces pesticides par le biais de fruits et légumes, on est soumis à ces hormones, et cela commence dès la vie intra-utérine. Or les garçons ne sont pas faits pour recevoir de l’œstrogène. En région Midi Pyrénées, selon le registre des cancers il y avait 1,2/100 000 cas de cancer des testicules entre 1980 et 1984. Ce chiffre est passé à 3/100 000 entre 1995 et 1999, avec plus de 5% d’augmentation par an. Les cancers de la prostate ont quadruplés en vingt ans. »

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